Coup de théâtre budgétaire devenu loi : la suspension de la réforme des retraites de 2023 a été votée dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. Concrètement, le relèvement progressif de l’âge légal vers 64 ans s’arrête : à compter du 1er septembre 2026, l’âge légal est gelé à 62 ans et 9 mois, et la durée d’assurance à 170 trimestres, jusqu’en janvier 2028. Cinq générations sont concernées. Êtes-vous du bon côté de la ligne ? Voici le détail, année de naissance par année de naissance, et ce que cela doit changer (ou pas) à vos décisions.
Suspension de la réforme des retraites : ce que dit la loi
- Jusqu’au 31 août 2026 : les règles actuelles continuent de s’appliquer.
- Du 1er septembre 2026 à janvier 2028 : l’âge légal est figé à 62 ans et 9 mois et la durée requise à 170 trimestres. Le calendrier de montée vers 64 ans et 172 trimestres est mis en pause.
- À partir de janvier 2028 : sauf nouvelle loi d’ici là, le calendrier reprend, décalé : chaque génération concernée gagne définitivement son trimestre ou ses 3 mois.
- Coût assumé : environ 400 millions d’euros en 2026 et 1,8 milliard en 2027, intégrés à la trajectoire de la LFSS.
Votre nouvel âge de départ, génération par génération
| Année de naissance | Âge légal (réforme 2023) | Âge légal après suspension | Gain |
|---|---|---|---|
| 1963 et avant | 62 ans à 62 ans 9 mois | Inchangé (droits déjà ouverts ou en cours) | — |
| 1964 | 63 ans | 62 ans et 9 mois | 3 mois |
| 1965 (janv.–mars) | 63 ans et 3 mois | 62 ans et 9 mois | 6 mois |
| 1965 (avril–déc.) | 63 ans et 3 mois | 63 ans | 3 mois |
| 1966 | 63 ans et 6 mois | 63 ans et 3 mois | 3 mois |
| 1967 | 63 ans et 9 mois | 63 ans et 6 mois | 3 mois |
| 1968 | 64 ans | 63 ans et 9 mois | 3 mois |
| 1969 et après | 64 ans | 64 ans (sauf nouvelle loi) | — |
La durée d’assurance suit la même logique : gelée à 170 trimestres pour les générations atteignant l’âge légal pendant la suspension, avant reprise de la montée vers 172. Les dispositifs carrières longues sont ajustés en cohérence. Les cas individuels se vérifient sur info-retraite.fr, dont les simulateurs ont été mis à jour, ou dans l’actualité dédiée de service-public.gouv.fr.
Ce que la suspension ne change PAS
- Le taux plein automatique à 67 ans, quelle que soit la durée cotisée ;
- La décote et la surcote : partir avant le taux plein coûte toujours 1,25 % par trimestre manquant ; travailler au-delà rapporte toujours ;
- Les pensions déjà liquidées : rien n’est recalculé rétroactivement ;
- La retraite progressive dès 60 ans et les règles du cumul emploi-retraite.
Né entre 1964 et 1968 : trois décisions à réexaminer
- Les rachats de trimestres : un rachat calibré pour un départ à 63 ans et 6 mois peut devenir partiellement inutile si votre âge légal recule de 3 mois et votre durée requise d’un ou deux trimestres. Refaites le calcul avant tout nouveau versement, et souvenez-vous qu’un rachat se pense toujours en années de revenus élevés, pour maximiser la déduction.
- Le calendrier de votre PER : un départ avancé de 3 à 6 mois avance aussi la date de déblocage possible et resserre les dernières années de versements déductibles. À l’échelle d’un dirigeant dans la tranche à 41 ou 45 %, l’optimisation des dernières années est significative : nos stratégies retraite du chef d’entreprise détaillent la mécanique.
- La transition d’activité : retraite progressive dès 60 ans, cumul emploi-retraite créateur de droits, mandats conservés après cession… La fenêtre 2026-2028 est une période de règles figées (donc lisibles) pour caler une cession d’entreprise ou une fin de carrière (l’abattement de 500 000 € impose d’ailleurs sa propre fenêtre de 24 mois).
Notre lecture : un répit, pas un cap
Soyons clairs : la suspension est un gel de 16 mois, pas un retour à 62 ans. Le calendrier reprend en 2028, l’équilibre financier du système reste sous tension (le gel de l’Agirc-Arrco cette année en est le premier effet collatéral), et l’élection de 2027 rebattra probablement les cartes une fois de plus. La seule stratégie robuste consiste à raisonner sur ce que vous contrôlez : votre relevé de carrière (exact ou pas), votre épargne retraite (suffisante ou pas), votre calendrier de cession ou de transition (anticipé ou subi). L’âge légal, lui, continuera de bouger sans vous demander votre avis.
Questions fréquentes
Je suis né en 1964 et je voulais partir début 2027 : que se passe-t-il ?
Votre âge légal redescend de 63 ans à 62 ans et 9 mois : vous pouvez liquider jusqu’à 3 mois plus tôt que prévu, avec 170 trimestres requis au lieu de 171. Attention au réflexe « je pars dès que possible » : si votre durée n’est pas complète, la décote s’applique toujours, et chaque trimestre travaillé en plus compte double : il complète la durée ET augmente le salaire de référence. Faites chiffrer les deux scénarios.
La suspension concerne-t-elle les TNS et les professions libérales ?
Oui pour l’âge légal et la durée d’assurance, qui sont communs à tous les régimes alignés, TNS compris. Les professions libérales suivent également ces bornes pour leur régime de base CNAVPL. En revanche, chaque caisse complémentaire conserve ses propres règles d’âge et de coefficients : vérifiez les deux étages avant de fixer une date.
Faut-il reporter sa demande de retraite au 1er septembre 2026 ?
Si vous êtes de la génération 1964 ou du début 1965 et que vous atteignez 62 ans et 9 mois à l’automne 2026, le jeu peut en valoir la chandelle : la Cnav a précisé que les nouvelles bornes s’appliquent aux départs à compter du 1er septembre 2026. La demande se dépose idéalement 6 mois avant la date choisie : le calendrier administratif se prépare dès maintenant.
Envie d’appliquer tout ça à VOTRE situation ? Estimez d’abord vos frais en 30 secondes, puis réservez votre bilan patrimonial offert (30 minutes, sans engagement).
Article informatif et général, ne constituant ni un conseil personnalisé ni une recommandation. Les règles et chiffres cités sont ceux connus à la date de rédaction (juillet 2026) et susceptibles d’évoluer. Vérifiez votre situation individuelle sur info-retraite.fr ou avec votre caisse.


