Retraite du chef d’entreprise : PER, statut, rachat de trimestres, cession

retraite chef entreprise PER — Retraite chef d'entreprise : PER, Madelin et stratégies

Mis à jour le · Par Frédéric Faive, conseiller en gestion de patrimoine, ORIAS 26001762

Un chef d’entreprise touche en général une pension obligatoire bien inférieure à ses revenus d’activité : ses droits dépendent de ce qu’il a cotisé, et une partie de sa rémunération, versée en dividendes, n’en ouvre pas ou peu. Pour combler l’écart, il dispose de trois leviers : le PER individuel, dont les versements sont déductibles jusqu’à 88 911 € par an pour un TNS en 2026, le rachat de trimestres, et le capital tiré de la cession de son entreprise. Le statut de la société, SARL ou SAS, change le point de départ.

Pourquoi la pension d’un dirigeant est faible

Les régimes obligatoires versent une pension proportionnelle aux cotisations. Un dirigeant qui privilégie les dividendes ou se verse un salaire modeste pour limiter les charges accumule peu de droits. À l’arrivée, le taux de remplacement, c’est-à-dire la pension rapportée au dernier revenu, est souvent nettement inférieur à celui d’un cadre salarié.

Ordre de grandeur : un dirigeant habitué à 7 000 € nets par mois, dont la pension estimée atteint 3 000 €, doit trouver 4 000 € par mois, soit 48 000 € par an. Pour servir ce complément pendant vingt-cinq ans sans compter aucun rendement, il faut 1,2 million d’euros. Les rendements réduisent ce montant, l’inflation l’augmente : c’est pourquoi le calcul se fait tôt et se refait régulièrement.

SARL ou SAS : le statut change les droits

Gérant majoritaire de SARL (TNS)Président de SAS (assimilé salarié)
Cotisations socialesEnviron 45 % du revenu netEnviron 75 à 80 % du salaire net
Retraite obligatoireRégime des travailleurs non salariés, droits plus faibles à revenu égalRégime général et Agirc-Arrco
DividendesSoumis à cotisations au-delà de 10 % du capital, des primes d’émission et des comptes courantsNon soumis à cotisations, n’ouvrent aucun droit
Épargne retraite déductiblePER (et Madelin existant), jusqu’à 88 911 €PER, jusqu’à 37 680 € en 2026 ; contrats collectifs possibles

Un président de SAS qui se verse 3 000 € par mois et 50 000 € de dividendes par an paie peu de cotisations, mais n’acquiert des droits que sur ses 3 000 € de salaire. Il doit compenser par son épargne. Le choix de la répartition entre salaire et dividendes est détaillé dans l’article dividendes ou salaire, et le cas du gérant majoritaire dans celui sur les dividendes et les droits à la retraite.

Le PER individuel : l’outil principal

Les versements sur un PER individuel se déduisent du revenu imposable, l’épargne est investie jusqu’à la retraite, puis récupérée en capital, en rente ou les deux. Pour un travailleur non salarié, la déduction se fait sur le bénéfice, dans la limite de 10 % du bénéfice plus 15 % de la fraction comprise entre un et huit PASS, soit de 4 806 € à 88 911 € en 2026. Un assimilé salarié déduit de son revenu global jusqu’à 10 % de ses revenus professionnels de l’année précédente, dans la limite de 37 680 € en 2026.

Exemple : un artisan dont le bénéfice atteint 60 000 € peut déduire 6 000 € + 15 % × (60 000 € − 48 060 €) = 7 791 €. Avec une tranche marginale de 30 %, son impôt baisse d’environ 2 340 €. L’impôt n’est pas effacé mais reporté : la sortie sera imposée, en général à un taux plus faible qu’en activité.

Trois règles à connaître : les plafonds non utilisés de l’enveloppe du revenu global se reportent sur les années suivantes (cinq ans pour ceux nés à partir de 2026), ce qui n’existe pas pour l’enveloppe du bénéfice ; les versements effectués à partir de 70 ans ne sont plus déductibles depuis 2026 ; et les contrats Madelin retraite, qui ne peuvent plus être ouverts depuis octobre 2020, partagent l’enveloppe du bénéfice avec le PER. Le détail est dans les articles sur le PER individuel du TNS et sur la loi Madelin.

Si votre société emploie au moins un salarié, pensez aussi à l’épargne salariale : l’abondement de l’entreprise sur un PEE et un PER collectif peut atteindre 11 534,40 € par an en 2026, exonéré d’impôt sur le revenu, y compris pour le dirigeant. Voir l’abondement PEE et PER collectif.

Le rachat de trimestres : utile dans des cas précis

Le rachat permet d’acquérir jusqu’à douze trimestres au titre des années d’études supérieures ou des années incomplètes, pour atteindre le taux plein plus tôt ou réduire la décote. Son coût augmente avec l’âge et le revenu, mais il est déductible du revenu imposable. Il est intéressant quand il manque peu de trimestres, que la tranche marginale est élevée et que le départ est proche. Dans les autres cas, le même montant placé sur un PER est souvent plus efficace. Le calcul compare le coût net d’impôt au supplément de pension, sur l’espérance de vie.

La cession de l’entreprise : un capital à ne pas surestimer

Pour beaucoup de dirigeants, la vente de la société est le principal capital de retraite. C’est un pari : la valorisation peut décevoir, l’acheteur tarder, le marché se retourner. Mieux vaut constituer une épargne en parallèle et considérer la cession comme un accélérateur. Deux dispositifs comptent : l’abattement de 500 000 € sur la plus-value du dirigeant de PME qui part à la retraite dans les 24 mois avant ou après la cession, applicable jusqu’à fin 2031 (voir l’abattement de 500 000 €), et l’apport-cession, qui permet de réinvestir le produit en report d’imposition (voir le 150-0 B ter en 2026).

Compléter par le patrimoine

Le PER est bloqué et son régime fiscal est figé à la sortie. L’assurance-vie apporte la disponibilité et une fiscalité de transmission favorable ; l’immobilier locatif financé à crédit pendant la vie active produit des loyers une fois le prêt remboursé ; les parts de SCPI offrent des revenus fonciers sans gestion directe, avec un capital qui peut baisser. Le bon dosage dépend de votre horizon, de votre fiscalité et de votre besoin de revenus réguliers.

Une stratégie en trois horizons

  • 15 à 20 ans avant le départ : versements réguliers sur le PER et l’assurance-vie, avec une part importante d’actifs dynamiques, et investissement immobilier à crédit si l’endettement le permet.
  • 5 à 10 ans avant : accélérer les versements quand la tranche marginale est la plus élevée, étudier le rachat de trimestres, préparer la cession et rembourser les crédits.
  • 1 à 3 ans avant : sécuriser progressivement l’épargne, choisir la date de départ après calcul, arbitrer entre capital et rente, et caler le calendrier de cession sur celui de la retraite.

Questions fréquentes

Peut-on avoir à la fois un PER et un contrat Madelin ?

Oui, mais leurs versements déduits du bénéfice partagent la même enveloppe : 10 % du bénéfice plus 15 % de la fraction comprise entre un et huit PASS, soit 88 911 € au plus en 2026. Depuis le 1er octobre 2020, on ne peut plus ouvrir de contrat Madelin retraite ; les contrats existants peuvent être conservés ou transférés vers un PER.

Quelle retraite pour un gérant majoritaire de SARL ?

Ses droits sont calculés sur sa rémunération de gérance et sur la part de ses dividendes soumise à cotisations, celle qui dépasse 10 % du capital, des primes d’émission et des comptes courants. Ils sont souvent inférieurs à ceux d’un cadre salarié au même revenu, ce qui rend une épargne retraite complémentaire presque indispensable.

Peut-on récupérer l’argent d’un PER avant la retraite ?

Oui, dans des cas prévus par la loi : achat de la résidence principale (sauf pour les versements obligatoires), invalidité, décès du conjoint, surendettement, fin des droits au chômage et cessation d’activité non salariée à la suite d’une liquidation judiciaire. Hors de ces cas, l’épargne reste bloquée jusqu’au départ à la retraite.

À quel âge commencer à épargner pour sa retraite de dirigeant ?

Dès que l’entreprise dégage un bénéfice régulier. Un effort étalé sur vingt-cinq ans coûte beaucoup moins cher chaque année qu’un rattrapage concentré sur dix ans, et l’avantage fiscal joue chaque année. Depuis 2026, les versements sur un PER après 70 ans ne sont plus déductibles.

Comment estimer sa future pension ?

Le relevé de situation individuelle, sur info-retraite.fr, récapitule vos droits dans tous les régimes, et le simulateur du même site estime votre pension selon l’âge de départ. C’est le point de départ : on mesure ensuite l’écart avec le revenu souhaité, puis l’effort d’épargne nécessaire.

Sources : articles 154 bis, 163 quatervicies et 150-0 D ter du Code général des impôts, loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026, arrêté du 22 décembre 2025 fixant le PASS 2026 à 48 060 €, info-retraite.fr. Informations générales à jour au 13 octobre 2026, qui ne remplacent pas un examen de votre situation.

Frédéric Faive, conseiller en gestion de patrimoine à Versailles

Frédéric Faive

Conseiller en gestion de patrimoine · CIF · ORIAS n°26001762 · Membre CNCGP

10 ans d’expérience dans l’investissement, environ 80 familles accompagnées. Diplômé de l’EDHEC et formé à l’AUREP (formation Expert en Conseil Patrimonial). Basé à Versailles, il accompagne dirigeants, TNS et particuliers dans toute la France, avec une signature : la transparence totale sur les frais.

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