Préparer sa retraite quand on est chef d’entreprise : PER, Madelin et stratégies

Chef d'entreprise préparant sa retraite

Préparer sa retraite quand on est chef d’entreprise : PER, Madelin et stratégies

La retraite chef d’entreprise est l’angle mort de beaucoup de chefs d’entreprise. Accaparés par la croissance de leur société, ils reportent la préparation de leur retraite d’année en année — jusqu’à réaliser, trop tard, que leur future pension sera bien inférieure à leurs revenus actuels.En tant que TNS ou dirigeant, votre situation est fondamentalement différente de celle d’un salarié : vous avez moins de droits acquis automatiquement, mais vous disposez de leviers fiscaux puissants pour compenser. Ce guide vous présente les principaux outils disponibles — PER, loi Madelin, rachat de trimestres, cession — et comment les combiner intelligemment.

La retraite du TNS : une retraite de base souvent insuffisante

Comprendre la retraite chef d’entreprise

Il est essentiel pour chaque chef d’entreprise de comprendre les implications de sa retraite et de planifier en conséquence.

Le constat est brutal mais indispensable à intégrer :

  • Un gérant majoritaire de SARL ou un TNS affilié au SSI (ex-RSI) cotise moins qu’un salarié cadre pour des droits à la retraite moindres.
  • Le taux de remplacement (ratio pension/dernier revenu) est souvent de l’ordre de 30 à 40 % pour un TNS, contre 60 à 70 % pour un cadre du secteur privé.
  • Les droits sont calculés sur la base des revenus déclarés — si vous avez peu déclaré pendant des années (dividendes, frais…), vos droits sont faibles.

La conséquence : un chef d’entreprise gagnant 100 000 € net par an peut espérer une retraite de base de 20 000 à 30 000 € par an sans dispositif complémentaire. L’écart doit être comblé par une épargne volontaire.

Le PER individuel : fonctionnement et avantages fiscaux

Le Plan d’Épargne Retraite (PER), créé par la loi PACTE en 2019, est aujourd’hui l’outil de référence pour la retraite des TNS et dirigeants :

  • Déductibilité des versements : les versements sur un PER individuel sont déductibles du revenu imposable dans la limite du disponible fiscal (généralement 10 % des revenus professionnels nets, plafonnés à 8 fois le PASS).
  • Avantage fiscal immédiat : si vous êtes dans une tranche marginale à 41 ou 45 %, un versement de 10 000 € réduit votre impôt de 4 100 ou 4 500 €.
  • Capitalisation en phase d’épargne : les fonds fructifient sans fiscalité annuelle (sauf prélèvements sociaux sur les fonds en euros).
  • Sortie en rente ou en capital : contrairement à l’ancien PERP, le PER permet une sortie en capital au moment de la retraite.

Pour les TNS, le plafond de déductibilité est plus avantageux : il peut atteindre jusqu’à 81 384 € en 2026 (10 % du bénéfice imposable + 15 % entre 1 et 8 PASS). Un levier fiscal considérable.

La loi Madelin : pour qui, comment, quel plafond ?

Les contrats Madelin sont réservés aux TNS (gérants majoritaires de SARL, professions libérales, artisans, commerçants). Ils permettent de déduire les cotisations du revenu professionnel :

  • Madelin retraite : contrat de retraite supplémentaire en rente. Déductible dans la limite de 10 % du bénéfice imposable + 25 % entre 1 et 8 PASS.
  • Madelin prévoyance : couverture invalidité, décès, arrêt de travail. Déductible dans la limite de 3,75 % du bénéfice + 7 % du PASS.
  • Madelin mutuelle : complémentaire santé TNS. Déductible dans la limite d’un plafond spécifique.

Les contrats Madelin retraite impliquent une sortie obligatoire en rente viagère, sans possibilité de sortie en capital (contrairement au PER). C’est leur principal inconvénient.

PER vs Madelin : lequel choisir en 2026 ?

Le PER a largement remplacé le Madelin retraite pour les nouveaux contrats, avec plusieurs avantages :

  • Sortie en capital possible (Madelin = rente obligatoire)
  • Plafond de déductibilité globalement plus favorable
  • Plus de flexibilité sur les versements (pas de cotisations minimales régulières)
  • Possibilité de sortie anticipée pour l’achat de la résidence principale

Mais le Madelin reste pertinent pour les TNS qui souhaitent un contrat de prévoyance ou de mutuelle déductible, ou qui veulent une rente garantie à vie. Les contrats Madelin retraite existants n’ont pas besoin d’être transférés si leurs conditions sont avantageuses.Quel dispositif est fait pour vous ? PER, Madelin, cession, rachats… les options sont nombreuses. Nos conseillers établissent votre bilan retraite personnalisé. Découvrez notre accompagnement retraite dirigeant ou prenez rendez-vous pour un bilan gratuit.

Le rachat de trimestres : intérêt et calcul

Le rachat de trimestres permet d’acquérir des trimestres de retraite manquants pour atteindre le taux plein ou réduire la décote :

  • Qui peut racheter ? Tous les assurés qui ont des années d’études supérieures non cotisées ou des années incomplètes en début de carrière.
  • Coût : variable selon l’âge au moment du rachat (plus c’est tôt, moins c’est cher) et les revenus. De quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers d’euros par trimestre.
  • Déductibilité : les sommes versées sont déductibles du revenu imposable (ou de l’IS si pris en charge par la société dans certains cas).

Le rachat n’est pas toujours rentable — il faut calculer le retour sur investissement en fonction de l’espérance de vie, du montant de la pension gagnée et du coût fiscal. Une simulation s’impose avant de décider.

La cession comme outil de retraite

Pour beaucoup de dirigeants, la cession de l’entreprise constitue la part principale de leur « capital retraite ». C’est une réalité qu’il faut intégrer dans la stratégie globale :

  • Ne pas tout miser sur la cession : la valorisation peut décevoir, l’acheteur peut ne pas se présenter, ou les conditions de marché peuvent être défavorables.
  • Constituer une épargne parallèle : PER, assurance-vie, immobilier — diversifier pour ne pas dépendre uniquement de la cession.
  • Optimiser la fiscalité de la cession : apport-cession, abattement dirigeant partant à la retraite (article 150-0 D ter) — ce dernier permet sous conditions une réduction d’assiette imposable de 500 000 € sur la plus-value.

L’abattement dirigeant partant à la retraite est particulièrement intéressant : un dirigeant de PME qui cède ses titres dans les 2 ans suivant son départ à la retraite peut bénéficier d’un abattement fixe de 500 000 € sur la plus-value. À documenter impérativement avec votre CGP.

Stratégie globale : combiner les dispositifs

La meilleure stratégie retraite pour un dirigeant combine généralement :

  1. PER individuel : pour l’épargne retraite déductible, avec des versements calibrés chaque année selon le résultat de l’entreprise et le disponible fiscal
  2. Assurance-vie : pour la flexibilité et la transmission, en complément du PER
  3. Immobilier locatif : pour générer des revenus réguliers à la retraite
  4. Optimisation de la cession : préparée suffisamment à l’avance pour activer les mécanismes fiscaux favorables

Le timing et le dosage entre ces dispositifs dépendent de votre âge, de votre horizon de retraite, de votre situation fiscale et de vos objectifs de revenus futurs.

Conclusion : agir tôt, agir régulièrement

La retraite des dirigeants ne se prépare pas en 5 minutes à 58 ans. Elle se construit méthodiquement, année après année, avec une stratégie cohérente qui tire parti des dispositifs fiscaux disponibles. Plus vous commencez tôt, plus l’effet de capitalisation joue en votre faveur.Faites le point sur votre retraite Bénéficiez d’un bilan retraite gratuit avec un expert One Gestion Privée. Simulation, stratégie et recommandations personnalisées. Prendre rendez-vous →

Questions fréquentes

Quelle retraite pour un gérant majoritaire de SARL ?

Un gérant majoritaire de SARL est affilié au SSI (Sécurité Sociale des Indépendants). Sa retraite de base est calculée sur ses revenus professionnels déclarés (rémunération de gérance, pas les dividendes). Les droits sont souvent inférieurs à ceux d’un salarié cadre pour un revenu équivalent. Un complément via PER individuel et/ou Madelin est fortement recommandé.

Le PER est-il déductible pour un TNS ?

Oui. Les versements sur un PER individuel sont déductibles du revenu imposable (BIC, BNC, rémunération de gérance) dans la limite du disponible fiscal Madelin/PER. Pour un TNS, ce plafond peut atteindre jusqu’à 10 % du bénéfice imposable + 15 % sur la tranche entre 1 et 8 PASS, ce qui représente souvent entre 20 000 et 80 000 € de déductibilité annuelle selon les revenus.

Peut-on cumuler PER et Madelin ?

Oui, mais les plafonds de déductibilité sont partagés entre les différents contrats. Il n’est pas possible de déduire plus que le plafond global autorisé en cumulant les deux. Depuis 2020, les nouveaux contrats Madelin retraite sont moins commercialisés au profit du PER, mais les contrats existants peuvent être conservés.

À quel âge commencer à épargner pour la retraite en tant que TNS ?

Le plus tôt possible — idéalement dès la création de l’entreprise ou dès que celle-ci dégage des bénéfices réguliers. Commencer à 35 ans plutôt qu’à 50 ans peut doubler le capital accumulé grâce à l’effet de capitalisation sur 15 années supplémentaires. À 50 ans, des versements importants restent possibles grâce au rattrapage des plafonds non utilisés des 3 dernières années.

Comment estimer sa future pension de retraite ?

Vous pouvez consulter votre relevé de situation individuelle (RSI) sur le site info-retraite.fr — il récapitule vos droits acquis dans chaque régime. Votre CGP peut ensuite simuler le complément nécessaire selon vos objectifs de revenus à la retraite et vous proposer une stratégie d’épargne adaptée.À lire aussi :PER individuel TNS, contrat Madelin retraite et protection sociale TNS.