Salarié, gérant majoritaire, président de SAS, profession libérale : en France, personne ne choisit sa caisse de retraite. Votre statut décide pour vous, et les écarts de cotisations comme de pensions sont considérables. 2026 est de surcroît une année charnière pour les régimes obligatoires de retraite : suspension de la réforme de 2023, nouvelle assiette de cotisations pour les TNS, complémentaire des salariés gelée. Voici la carte complète des régimes, et tout ce qui a changé cette année.
Régimes obligatoires de retraite : la carte 2026
Le système français repose partout sur le même squelette : un régime de base (le socle, plafonné) et un régime complémentaire (en points, souvent décisif pour le montant final). Ce qui change d’un statut à l’autre, c’est la caisse, le taux de cotisation… et le niveau de pension à l’arrivée.
| Statut | Régime de base | Complémentaire | Qui est concerné |
|---|---|---|---|
| Salarié et assimilé | CNAV (régime général, en annuités) | Agirc-Arrco (points) | Salariés du privé, présidents de SAS/SASU, gérants minoritaires |
| TNS artisan-commerçant | Sécurité sociale des travailleurs non salariés (annuités, alignée sur le régime général) | RCI (points) | Artisans, commerçants, gérants majoritaires de SARL/EURL |
| Profession libérale | CNAVPL (points) | 10 caisses par profession (CARMF, CARPIMKO, CIPAV…) | Médecins, kinés, architectes, experts-comptables… |
| Avocat | CNBF (base forfaitaire) | CNBF (points) | Avocats, hors CNAVPL |
| Exploitant agricole | MSA (annuités + points) | RCO (points) | Chefs d’exploitation |
Le statut du dirigeant est donc un choix de régime de retraite qui ne dit pas son nom : un président de SAS cotise comme un salarié (cher, mais avec l’Agirc-Arrco), un gérant majoritaire cotise en TNS (moins cher, pension plus faible ; nous avons détaillé l’arbitrage dans notre article sur l’optimisation de la rémunération du dirigeant, et le cas des dividendes du gérant majoritaire, qui cotisent au-delà de 10 % du capital).
Changement n°1 : la réforme des retraites est suspendue
C’est LE bouleversement de l’année : la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a suspendu le relèvement de l’âge légal issu de la réforme de 2023. À compter du 1er septembre 2026, l’âge légal est gelé à 62 ans et 9 mois jusqu’en janvier 2028, et la durée d’assurance requise à 170 trimestres. Les générations 1964 à 1968 sont concernées, avec des gains de 3 mois à un trimestre selon l’année de naissance. Le détail génération par génération, et ce que cela change à vos projets, fait l’objet de notre article dédié à la suspension de la réforme des retraites.
Changement n°2 : la nouvelle assiette de cotisations des TNS
Discrète mais profonde : depuis la régularisation du printemps 2026 (sur les revenus 2025), les cotisations de tous les travailleurs non salariés se calculent sur une assiette unique (le revenu professionnel diminué d’un abattement forfaitaire de 26 %) qui remplace l’ancien calcul circulaire où les cotisations se déduisaient d’elles-mêmes. La bascule réduit la CSG au profit de cotisations qui, elles, créent des droits (retraite, indemnités journalières). Taux, gagnants, perdants et points de vigilance : voir notre article sur la réforme de l’assiette sociale.
Changement n°3 : base revalorisée, Agirc-Arrco gelée
Au 1er janvier 2026, les pensions de base (CNAV, MSA, réversions comprises) ont été revalorisées de +0,9 %. La complémentaire Agirc-Arrco, en revanche, est gelée : les partenaires sociaux ne se sont pas entendus en octobre 2025 (les syndicats demandaient 1 %, le patronat proposait 0,2 % en invoquant le coût de la suspension de la réforme), et le régime a confirmé au printemps qu’aucune revalorisation n’interviendrait avant le 1er novembre 2026. Pour un cadre dont la complémentaire représente souvent la moitié de la pension, une année blanche avec 2 % d’inflation, c’est un vrai recul de pouvoir d’achat, et un rappel utile : le niveau de votre future pension dépend aussi de décisions paritaires sur lesquelles vous n’avez aucune prise.
Les autres paramètres 2026 à connaître
- Plafond de la Sécurité sociale : 48 060 € par an (4 005 € par mois), en hausse de 2 %. C’est la référence qui calibre cotisations plafonnées, plafonds d’épargne retraite et seuils des régimes.
- Retraite progressive : accessible dès 60 ans depuis septembre 2025 (travailler à temps partiel en percevant une fraction de sa retraite, tout en continuant à cotiser).
- Taux plein automatique : toujours 67 ans, quelle que soit votre durée d’assurance. La suspension n’y change rien.
- Cumul emploi-retraite : le cumul intégral (après taux plein) crée de nouveaux droits depuis la réforme de 2023, un levier souvent ignoré des dirigeants.
Ce que ça change pour votre stratégie
Les régimes obligatoires forment le socle, mais un socle dont les règles bougent désormais tous les deux ans, et dont le taux de remplacement s’érode, surtout pour les TNS et les libéraux. La méthode ne change pas : connaître précisément ce que vos régimes vous donneront (notre guide du bilan retraite à 45 ans explique comment lire votre relevé de carrière), corriger les anomalies, puis compléter par capitalisation, PER en tête, dont l’intérêt fiscal est démultiplié pour les tranches hautes (voir nos stratégies retraite du chef d’entreprise).
Combien cotise-t-on pour sa retraite selon le statut ?
Les écarts de cotisations expliquent les écarts de pensions. Ordres de grandeur 2026 des cotisations retraite (base + complémentaire, hors maladie et CSG), en pourcentage du revenu d’activité :
| Statut | Jusqu’à 1 plafond (48 060 €) | Au-delà | Qui paie |
|---|---|---|---|
| Salarié / assimilé salarié | environ 28 % (CNAV + Agirc-Arrco) | environ 25 % jusqu’à 8 plafonds | Employeur (60 %) + salarié (40 %) |
| TNS artisan-commerçant | environ 26 % (base 17,87 % + RCI 8,1 %) | faible (0,72 % + RCI jusqu’à 4 plafonds) | Le TNS seul |
| Profession libérale (CNAVPL + CIPAV) | environ 20 % | variable selon la caisse | Le professionnel seul |
| Micro-entrepreneur | inclus dans le forfait de 12,3 à 24,6 % du CA | sans objet | Le micro-entrepreneur |
Lecture rapide : un salarié et son employeur consacrent à la retraite près de 28 % du salaire brut, quand un libéral en verse 20 % et s’arrête plus tôt dans l’échelle des revenus. C’est le vrai sens du « statut avantageux » du TNS : les économies de cotisations d’aujourd’hui sont des pensions en moins demain, sauf à réinvestir la différence dans une épargne retraite dédiée.
Polyactifs et carrières mixtes : ce que deviennent vos droits
Salarié devenu gérant majoritaire, libéral ayant démarré comme salarié, dirigeant passant de SARL à SAS : les carrières traversent de plus en plus souvent plusieurs régimes. Trois règles à connaître :
- Aucun droit ne se perd : chaque régime conserve les trimestres et points acquis chez lui et versera sa part de pension. En revanche, les petites pensions éparpillées se liquident parfois avec des règles différentes ; l’oubli d’une caisse est l’erreur classique du polyactif.
- Régimes alignés : liquidation unique. Salariés, TNS artisans-commerçants et salariés agricoles relèvent de la liquidation unique (LURA) : une seule pension de base calculée comme si la carrière s’était déroulée dans un seul régime.
- Les libéraux restent à part : la CNAVPL et la CNBF ne sont pas dans la LURA. Un ancien salarié devenu libéral percevra deux pensions de base calculées séparément, chacune sur ses propres règles, ce qui peut jouer en plus ou en moins selon la répartition des 25 meilleures années.
Pour un dirigeant, le changement de statut (SARL vers SAS ou l’inverse) est donc aussi un arbitrage retraite : cotiser moins aujourd’hui en TNS, ou acheter plus de droits en assimilé salarié. Ce calcul mérite d’être posé avec les vrais chiffres de votre relevé de carrière, pas avec des moyennes.
Questions fréquentes
Peut-on choisir son régime obligatoire ?
Non : le régime découle du statut. Mais le statut, lui, se choisit : passer de SARL (gérance majoritaire, TNS) à SAS (assimilé salarié), ou l’inverse, change de caisse, de niveau de cotisations et de pension. C’est un paramètre à part entière de la structuration d’une rémunération de dirigeant, jamais un sous-produit.
Les régimes obligatoires suffisent-ils pour maintenir son niveau de vie ?
Rarement au-delà de revenus moyens : les pensions sont plafonnées et le taux de remplacement chute à mesure que le revenu monte. Un dirigeant ou un libéral à revenus élevés remplace souvent moins de la moitié de son revenu d’activité. D’où l’importance du diagnostic chiffré précoce, puis d’une épargne retraite calibrée en conséquence.
Où vérifier ses droits tous régimes confondus ?
Sur info-retraite.fr, le portail commun à toutes les caisses : relevé de carrière tous régimes, estimation de pension à différents âges, et depuis 2026 les simulateurs intègrent la suspension de la réforme. Vérifiez-le au moins tous les cinq ans après 45 ans : les erreurs de carrière sont fréquentes et se corrigent d’autant mieux qu’elles sont détectées tôt.
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Article informatif et général, ne constituant ni un conseil personnalisé ni une recommandation. Les règles et chiffres cités sont ceux connus à la date de rédaction (juillet 2026) et susceptibles d’évoluer. Vérifiez votre situation individuelle sur info-retraite.fr ou avec votre caisse.


